La Cour des arts
par Alex Sinclair

L'article est paru dans le numéro de novembre et décembre 1987 de magazine ARTicles, lequel fut publié bimensuellement par le CAO, pendant sept ans, au cours des années 1980.

Lorsqu'on m'a demandé d'écrire un article sur la Cour des arts, nour n'étions qu'à quelques jour de son inauguration officielle. Pendant que j'écrivais cet article, la Cour des arts était l'hôte de plusieurs activités du Festival des arts et des foules importantes s'y amassaient. Au moment ou vous lisez cet article, la Cour des arts a retrouvé son calme. Toutefois, nous connaissons maintenant le but de la Cour des arts et elle ne se trouve plus enveloppée d'un cocon d'ignorance.

Néanmoins, certains aspects de la Cour des arts peuvent encore être inconnus de ceux qui ne sont pas des habitués de la scène artistique locale; j'essaierai donc de vous informer. Premièrement, les renseignements de base: L'immeuble se situe au 2 de la rue Daly, soit l'ancien palais de justice et le poste de police contigü, sur la rue Waller. L'immeuble a été consacré à devenir un centre des arts, mais il doit tout d'abord être cédé par la province, son propriétaire, pour ensuite se démêler dans les méanders régionales et municipales pour aboutir dans les mains de ses parents adoptifs, la Fondation du Centre des arts d'Ottawa. Le projet est bâti sur du sable qui peut s'écrouler dès décembre, lorsque la Ville réexaminera son engagement envers lui. Si à ce moment des fonds n'ont pas été trouvés, le reste de cet article ne signifiera plus rien.

L'ancien palais de justice comprendra un musée d'art, un musée d'artisanant, une cour de sculpture, des salles de visionnement pour videos, une petite sal de concert et plusieurs petities salles destinées à la danse, à la performance, à des séminaries et à des ateliers. Il s'agit de la phase I. La phase II sera construite sur l'emplacement du poste de police et sera un complexe commercial qui contiendra un théâtre de 500 places.

Enfin, le montant minimal requis est de 40 millions de dollars, soit 9,5 millions pour l'emplacement, 20 millions pour la construction et 10 millions pour un fonds d'immobilisations qui permettra de payer les frais de fonctionnement. Les premiers 9,5 millions de dollars sont presque déjà recueillis. Huit millions de dollars proviendront des profits découlant du centre commercial, mais il y a une attrape. La Ville d'Ottawa ne donnera pas l'immeuble (une fois qu'elle l'aura acquis de la province) si le financement n'est pas en place. La Cour des arts a trouvé quelqu'un pour acheter le centre commercial (voilà d'où proviennent les huit millions de dollars), mais pas avant qu'il ne soit loué. On ne peut pas le louer tant que la construction n'est pas amorcée; la construction ne peut commencer avant que les titres de propriété de l'emplacement soit transférés et ces titres ne seront pas transférés tant que le financement ne sera pas obtenu. Il va sans dire que ce projet est source de frustration.

Le reste du financement devrait provenir de subventions fédérales et provinciales (16 millions de dollars) et de financement privé (6,5 millions de dollars). Les subventions gouvernementales sont figées dans les limbes de la politique. Il semblerait que la province préférerait Toronto et le gouvernment fédéral croit que les sommes importantes injectées dans des projets comme le Musée des civilizations et le Musée des beaux-arts du Canada devraient suffire à Ottawa. Il faudrait peut-être remarquer que Projet 88, la célébration de la CCN qui durera six mois pour l'inauguration des immeubles susmentionnés, a reçu un budget de 70 millions de dollars, ce qui aurait permis de construire la Cour des arts en une année et qui aurait laissé 30 millions de dollars pour la programmation. De toutes façons, nous préférons avoir un chemin pastel et une visite royale, question de priorité! Par contre, la CNN a dû annuler ses projets pour le chemin pastel; il doit donc y avoir 15 millions de dollars qui errant dans ses bureaux, à la recherche d'un foyer. L'objectif principal de la Cour des arts est d'être un lieu de preséntation des arts. Il pourrait s'agir d'un paradis pour les administrateurs des arts, mais la rumeur court voulant que le personnel de la Cour des arts soit minimal. Bien que la Cour des arts ne soit pas de l'envergure du complexe Harbourfront à Toronto, elle mariera les preséntations professionnelles et amateurs, l'enseignement et les arts et une ambiance semblable. Il est prévu que cet endroit soit un lieu de recontre pour les artistes et leur public afin de stimuler l'apport de nouvelles idées et d'augmenter la sensibilisation de la localité envers ses artistes et leur oeuvre. Les artistes pour leur part pourront comprendre mieux en quoi et en qui consiste leur localité.

Ceux qui se sont promenés dans la Cour des arts durant le Festival des arts se souviendront de la quantité de petites pièces qui la composent. Certains murs seront abattus pour agrandir certaines pieces, mais la plupart demeureront telles qu'elles sont pour servir de salles de séminaries, d'ateliers, de loges et de bureaux. Beaucoup de ces murs sont couverts de boiseries qui font la réputation des palais de justice. Il y a un charme et une atmosphère dans ce milieu qui ne sont as nécessairement propres à un palais de justice et qui n'ont rien de commun avec ces musées modernes, stériles comme des salles d'opération, où s'alignemt une infinité de murs de plâtre blanes. Il n'est pas assuré que ces boiseries seront conservées. La province est toujours propriétaire de l'immeuble et pourra decider de les conserver, en tout ou en partie, pour les installer dans d'autres de ses immeubles. Elles pourront aussi disparaître des plans de l'architecte, une fois que ceux-ci seront conçus. Ces plans ne le sont pas encore parce qu'il n'est pas utile de les dessiner tant que le financement ne sera pas obtenu et tant que les titres de propriété n'auront pas été transférés. Il est possible que la Cour des arts devienne un complexe de cubes blancs. Les galleries d'art visuel – il pourrait y en avoir jusqu'à six – seront dirigées comme un musée public. Les programmes seront choisis par une équipe de conservateurs et l'accent sera mis sur les artistes de la région. Des échanges auront aussi lieu avec d'autres musées, en particulier avec les musées du Québec. La philosophie de ces programmes est encore à déterminer – pourquoi s'en occuper tant que le financement n'est pas obtenu – mais les conservateurs seront embauchés en fonction de leur sensibilité envers les artistes et les préoccupations locales.

Il n'y aura pas de studios offerts aux artistes, car trop peu d'artistes en profiteraient et moins d'espace serait accessible au public. En outre, la demande pour les studios est tellement grande qu'il serait difficile d'attribuer ceux-ci. Par contre, les groupes auront la possibilité d'avoir des salles pour écrire, pour tenir des réunions, pour organiser des ateliers, pour trouver des idées et pour répéter. Des salles de spectacle pouvant recevoir de 50 à 500 spectateurs permettront aux groupes amateurs comme professionnels de grandir avec leur auditoire. Les groupes de danse et les artistes de performance auront aussi accés à ces locaux. Le mandat de la Cour des arts touchera autant le divertissement que l'expérimentation. La Fondation croit qu'il est nécessaire d'avoir une diversité afin de construire et d'éduquer un auditoire. Il y aura donc un mélange de spectacles et d'expositions populaires et difficiles dans la programmation. L'avantage d'avoir plusieurs salles de spectacle est que les petits groupes expérimentaux pourront profiter de bonnes installations dans un milieu accessible et à bon marché. Le théâtre principal sera assez grand pour accomoder les spectacles populaires qui pourront subventionner les plus petits groupes. A mesure que les auditoires deviendront plus raffinés et que l'art difficile deviendra plus populaires, les groupes expérimentaux pourront profiter de la grande sale et laisser la place aux nouveaux groupes d'expérimentation.

Le théâtre ne sera pas syndiqué. Les spectacles professionnels pourront être dotés d'une équipe technique syndiquée, mais les productions plus petites et les troupes amateurs n'auront pas à débourser les frais élevés propres aux salles syndiquées. La Cour des arts n'aura pas un personnel à plein temps nombreux, mais elle aura un technicien professionnel et peut-être un apprenti ou deux. Le théâtre principal sera plus grand que la Great Canadian Theatre Company et le Théâtre de la rue York, ce qui permettra de faire des profits. On y trouvera aussi une fosse d'orchestre, ce qui permettra la production d'opéras de chambre.

Il reste encore à déterminer s'il s'agira des clients ou de la Cour des arts qui prendront les risques financiers pour les spectacles ou les expositions. Une recommandation a été avancée voulant que les groupes reçoivent un petit montant pour se produire et que la Cour des arts prenne les risques…et les profits. Il est aussi possible que les groupes prennent les risques. D'ici à ce que le financement soit obtenu, en particulier le fonds de fonctionnement, il n'y a aucune façon de savoir si la Cour des arts peut se permettre de courir des risques. La programmation mettra en vedette principalement, mais pas exclusivement, des artistes de la région. La Cour des arts pourra aussi accueillir des expositions et des spectacles itinérants. La préoccupation principale est que le centre soit un endroit où les arts locaux pourront progresser, mais pas à la limite de l'introversion. Les expositions et spectacles itinérants permettront de fertiliser les idées ainsi qu'assurer que les productions locales continuent d'aspirer à une meilleure qualité.

En plus de ses galeries, de ses théâtre, de ses salles de répétition et de séminaires, la Cour ses arts abritera aussi un centre de ressources. On y trouvera entre autres le projet PARASOL (une banque de données partagée pour les groupes d'artistes) et une bibliothèque de portefolios des artistes et artisans. Cette bibliothèque comprendra aussi des bandes magnétoscopiques, des enregistrements sonores et des diapositives, à la dispositions des artistes et des clients éventuels. Les artistes de la région devront donc participer à la collecte de portefolios d'une certaine envergure. En ce moment, il n'ya pas de budget d'acquisition d'oeuvres d'art. Ce centre de ressource devrait être en marche avant l'ouverture du reste du complexe. La Cour des arts est déjà à amasser des documents et pourrait inaugurer une petite salle dans ses locaux actuels. Un tel centre pourrait permettre à la Cour des arts d'offrir un service concret à la collectivité et de savoir si les artistes sont intéressés à un centre de ce genre.

Il est aussi possible que certains groupes puissent occuper des locaux dans l'immeuble. Ces locaux seront cependant limités et n'accueilleront probablement que des groupes de représentation. Le Conseil des arts d'Ottawa pourrait être l'un de ces locataires. Il est cependant possible que des groupes puissent avoir des cases postales et des répondeurs téléphoniques, de même qu'ils puissent aussi entreposer leurs dossiers et tenir des réunions. Le centre possèdera des photocopieurs, du matérial d'édition électronique et des ordinateurs, mais il reste encore à déterminer la façon dont les usagers pourront avoir accès à cette équipement. Pour le moins, la Cour des arts pourrait donner des ateliers sur l'utilisation de la technologie et ainsi stimuler l'imagination des artistes d'Ottawa.

La Cour des arts n'est pas bien située au point de vue du stationnement. Il est en outre facile de se perdre dans tous les sens uniques qui l'entourent. Peut-être que je me perds facilement, mais je n'aime pas du tout la région du centre Rideau, du marché Byward dès que je suis en voiture. Il est de même presque suicidaire d'essayer d'aller à la Cour des arts en bicyclette. Le réseau de transport en commun et les taxis don't les meilleures façons de s'y rendre.

Bien qu'il y ait effectivement un immeuble, comme nous l'avons déjà mentionné souvent, la Cour des arts est encore plus un rêve qu'une réalité. Les titres de propriété n'ont pas encore été transférés, peu de fonds ont été engagés et il n'y a pas de plans d'architecture pour la restauration des lieux. Ce rêve est fragile. La Fondation a besoin d'autant d'appui politique que d'argent. Elle a aussi intérêt à ce que les gens écrivent des lettres qu'à ce qu'ils donnent de l'argent. La Fondation a consacré beaucoup d'énergie à ce projet et elle a raison de croire que si cette occasion passe, Ottawa ne pourra pas avoir de centre municipal des arts avant une cinquantaine d'années.

Chaque conversation à propos de la Cour des arts évolue autour de la question financière. Pourtant, le Festival des arts a prouvé que l'immeuble possède un bon potentiel même dans son était actuel. Il ne s'agit peut-être pas d'un milieu parfaitement conditionné pour les oeuvres d'art, mais il possède beaucoup de charme et serait un excellent endroit pour les performances. Lorsque le centre de ressources sera mis en branle et que des spectacles et des expositiions y auront lieu régulièrement, la Cour des arts pourrait rapidement prouver sa valeur sur la scène artistique d'Ottawa.

Certains artistes d'Ottawa se préoccupent de ce que la Cour des arts soit un autre monument insensible à la culture, peut-être à cause de la réputations du CNA. Si la Cour des arts doit obtenir une crédibilité en tant que point de rassemblement de l'art populaire et expérimental, la programmation qu'elle offrira pourrait ressembler à celle qui y a eu lieu dans le cadre du Festival des arts. Il faudrait cependant que l'accès à l'immeuble soit garanti à moins que la Fondation ne soit réellement propriétaire des lieux. Néanmoins, les artistes sont des solitaites par nature et ils n'accordent pas leur confiance facilement. S'ils doivent s'unir en une force politique, ils doivent avoir une preuve évidente qu'iils ne doivent pas demeurer en une communauté fragmentée. Ce qui est évident pour un administrateur ne l'est pas nécessairement pour un artiste qui cherche un endroit où gagner son prochain loyer. Les objectifs à long terme ne sont pas toujours pratiques.

Dans les années 70, Toronto a cultivé le théâtre dans des douzaines de petits locaux éparpillés dans la ville. Ces locaux recevaient de petites subventions et leurs auditoires se mulipliaient dans un esprit de fête.. A la même époque, le centre O'Keefe engoufrait des millions de dollars dans un tourbillion d'encre rouge. Les grandes salles doivent prouver qu'ils sont des endroits plus sûrs que les petits endroits pour y investir les fonds prétendument plus rares consacrés aux arts. Je peux très bien imaginer la frustration de la Fondation du Centre municipal des arts lorsqu'elle attend les décisions finales des gouvernements en ce qui a trait qu financement qui lui permettra de dresser un plan définitif et de présenter une réalité à la ville et pour la ville d'Ottawa. Elle a besoin de l'appui des artistes d'Ottawa, mais ces derniers doivent aussi avoir la preuve que la Cour des arts peut les aider.

Traduction: Sylvain Topping

Alex Sinclair travaille comme musicien dans la région de Toronto et son groupe Tamarack continue à se produire en spectacle et en tournée.

 


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