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Mirana Zuger et Anna Frlan installent l'oeuvre d'Anna
photo: Antun Kresic
Anna Frlan - Liens culturels avec la Croatie
Exposer à l'étranger : témoignage d'une artiste
John Mlacak, Mirana Zuger et moi sommes des artistes de la ville d'Ottawa qui ont un héritage culturel croate. Nous avons fait une demande auprès de l'Ambassade de la République de Croatie afin d'organiser une exposition. Lorsque nous avons appris que notre projet « Tracing Our Heritage » était accepté, nous avons sauté de joie. L'exposition, organisée par l'Association croate des artistes, a débuté le 29 novembre 2007 à la Galerie Karas au Zagreb, capitale de la Croatie.
Se préparer en vue d'une exposition internationale est une tâche fort exigeante. Moi qui rêvais d'exposer l'une de mes grandes sculptures, j'ai compris que la chose était infaisable. J'ai donc créé des oeuvres qui pouvaient être assemblées facilement et emballées de manière compacte. J'ai découpé au plasma des tôles d'acier sur lesquelles se trouvaient des motifs inspirés de mes dessins de la végétation croate. John a choisi des peintures inspirées des paysages du Québec et de l'Ontario qu'il a vus lors de diverses excursions. Mirana, en résidence de quatre mois au Zagreb, s'affairait quant à elle à créer des grandes peintures abstraites. L'exposition commençait à prendre forme.
J'ai dû fabriquer une caisse pour expédier mes oeuvres. J'ai acheté des panneaux de contreplaqué de 3/4 pouce d'épaisseur, lesquels se sont avérés d'une grande solidité. Il y avait toutefois un problème : impossible de faire entrer la caisse dans ma voiture ! Après avoir recouvert mes oeuvres d'emballage à bulles (un rouleau entier !), je les ai mises dans la caisse tout en veillant à bien sceller le couvercle. Je me suis assurée d'apporter un tournevis Robertson dans mes bagages afin de pouvoir ouvrir la caisse en Croatie.
Grâce au CARFAC, John et moi avons obtenu notre certificat d'origine canadienne, document exigé par l'Agence des douanes et du revenu du Canada et qui est nécessaire pour l'exemption de la TPS. Le CARFAC a été des plus efficaces : pendant que j'attendais dans leur bureau, on m'a remis les documents signés et estampés. Avec l'aide de mon frère et de sa fourgonnette, nous avons ensuite transporté les caisses à Air Canada Cargo. Le commis à l'expédition fut très impressionné par la taille de ma caisse, ce qui ne l'a pas empêché de mettre l'objet sur le pèse-palette hydraulique. Ouf ! Les caisses s'envolaient officiellement vers le Zagreb.
À mon arrivée au Zagreb le 27 novembre 2007, je fus renversée par la splendeur de cette ville vieille de presque mille ans. Je pouvais facilement imaginer à quoi elle ressemblait avec ses murailles et ses places publiques à l'époque médiévale. Les réverbères à gaz qui se trouvent dans la Haute-Ville, près de la Porte de pierre datant du XIIIe siècle, sont encore allumés à la main. Comme première activité, j'ai assisté au vernissage d'Eugen Feller à la Galerie Bacva, située dans un extraordinaire immeuble conçu par le sculpteur Ivan Mestrovic. Construit en 1938, il est la première galerie d'art circulaire au monde. Il abrite également l'Association croate des artistes, organisme qui existe depuis 130 ans. Le dôme, orné de centaines de morceaux de verre, est éblouissant dans la lumière du jour.
Mirana et moi avons passé la journée suivante à installer nos oeuvres dans la Galerie Karas située près du square central, Ban Jelacic. Très professionnelle, l'Association croate des artistes nous a offert les services d'un commissaire et de trois techniciens. Elle a même fait appel à un photographe pour documenter les oeuvres dans le catalogue d'exposition, lequel fut imprimé en une journée ! Des membres de ma famille, que je n'avais pas vus depuis plus de vingt ans, m'ont offert une rose; ce geste m'a profondément touchée. Visiter le pays d'origine de mes parents en tant qu'artiste fut un privilège et une expérience émouvante.
Désireuse de découvrir l'art contemporain au Zagreb, j'ai vu des tableaux d'Ivica Malcic à la Galerie Miroslav Kraljevic. Après avoir créé 365 peintures en un an, elle a invité trois conservateurs à choisir dix oeuvres qui feraient partie d'une exposition. À la galerie, deux écrans de télévision étaient installés : on y voyait l'artiste plaçant ses tableaux sur des chevalets et les conservateurs discuter des oeuvres. J'ai ensuite visité l'exposition de Slaven Tolj à la Galerie Nova, ainsi qu'une installation de photos montrant des hommes de Dubrovnik tués durant la guerre. L'arrangement mettait en scène une boule disco, laquelle se voulait un commentaire sur la commercialisation de Dubrovnik.
J'ai également visité les villages natals de mes parents, soit Vuketici et Stojavnice à Vivodina, région de collines ondulantes recouvertes de vignes. Boire et partager de délicieux mets avec ma famille, parler croate et entendre de vieilles histoires m'ont permis de me rapprocher de l'esprit de mon père. J'ai compris pourquoi nous avions constamment le mal du pays. Ce voyage m'a profondément marquée et j'ai la ferme intention de créer des oeuvres inspirées de cette expérience.
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